Être fermier, c'est quoi ?

13:19

En cette période de conflits et de troubles, la question est, je pense, légitime.

Dites bonjour à Madame !


Être fermier, c'est quoi ?

Souffrant de son image de rustre, d'homme bourru aux traits burinés par le vent et le soleil, le fermier est entouré d'un certain folklore et de beaucoup de clichés.

Représentation d'une France ancienne, victime de l'exode urbain et des supermarchés, le fermier serait une espèce en voie de disparition.

Un bon fermier, sans aucun doute.

Ah oui, vraiment ?

Pourtant, partout en France, s'ouvrent de nouvelles fermes, et plus essentiellement, se développent de nouveaux modèles agricoles. Une nouvelle génération, plus sensible aux soucis environnementaux et à l'impact à long terme du modèle productif choisi.

De nombreux sobriquets peuvent agrémenter ce métier : fermier, paysan, agriculteur, exploitant, producteur... Derrière ces ornements de façades se cache une réalité assez triste et peu réjouissante : le mépris pour ces hommes (et femmes) "de la terre". Je dois avouer que cela m'énerve assez.

Moins de 5% de la population française a choisi une des voies les plus difficiles et les plus nobles qu'il ait été donné de choisir : nourrir son prochain. Il faut du courage pour choisir cette vie, et surtout le courage d’être libre.

Il est aisé de se lever le matin, de prendre un café puis de filer dans un bureau avec des gens qu'on n'apprécie guère, se planquer derrière son écran d'ordinateur tout en maudissant son patron pour tous les maux de notre existence. Nous avons un bouc-émissaire lorsque les choses ne vont pas comme prévu : le supérieur, le patron, la conjoncture... Lorsque l'on décide de cultiver, on perd le contrôle et le droit du bouc-émissaire. Qui peut blâmer la pluie, le vent, le soleil, les insectes ? Ces données sont incontrôlables et imposent un tout autre rythme que la vie urbaine.

Alors, attention... Loin de moi l'idée de stigmatiser les employés de bureau, aujourd'hui plus qu'hier, il est difficile de vivre décemment et la morosité urbaine pèse sur les consciences martelées d'images sordides et difficilement soutenables d'un monde en déliquescence.

Mais il est essentiel que vous, moi, nous... repensions nos à-priori et préconceptions sur le secteur primaire, maintenant que le tertiaire est la norme.



Choisir la vie de paysan implique de nombreux sacrifices. Des heures interminables, un rendement aléatoire, et des aléas totalement incontrôlables, comme la météo. C'est aussi souvent une voie assez solitaire, car pris par le temps il est difficile de se consacrer à l'autre (ou de le rencontrer), et encore plus difficile de trouver la personne qui accepte de subir cela à vos côtés.

Mais ça, vous le savez déjà. (Bah oui, y'a L'Amour est dans le Pré, non ?)

Mais j'aimerais me concentrer sur le positif. 

Qu'est-ce qui rend ce métier noble et beau ?


Tout d'abord, la liberté qu'il procure (oui oui, je me répète). Se lever chaque jour pour admirer la nature et son travail, faire des pauses quand on le désire (bon, parfois quand on peut) sans avoir de comptes à rendre. Ne dépendre que de soi pour la tâche accomplie, et savoir qu'on a contribué à la croissance d'une graine.

Puis, il y a l'apprentissage de l'humilité. L'homme n'est qu'un rouage du monde et de cette grande machine qu'est le cycle de la vie. Il faut savoir mettre son orgueil de côté en cas d'échec, et être patient car nous ne pouvons tout contrôler. L'Homme de la terre apprend à vivre avec les saisons, le soleil et même la lune.


Mais c'est aussi un chemin de connaissance. Il faut chaque jour apprendre de nouvelles choses, connaître cet insecte qui est ravageur, cet autre pollinisateur, apprendre le nom de cette variété, ses spécificités...
C'est une voie où l'on ne cesse jamais d'apprendre. La curiosité amène à développer l'agriculture de demain, des modèles durables et bénéfiques pour tous.

Parmi ces modèles, le maraîchage biologique en permaculture me tient particulièrement à cœur.

" Créée dans les années soixante-dix en Australie par Bill Molisson et David Holmgren, la permaculture est un système conceptuel inspiré du fonctionnement de la nature.

La permaculture cherche à concevoir des installations humaines harmonieuses, durables, résilientes, économes en travail comme en énergie, à l’instar des écosystèmes naturels. Ses concepts de design reposent sur un principe essentiel : positionner au mieux chaque élément de manière à ce qu’il puisse interagir positivement avec les autres. "

 En France, vous avez l'exemple de la Ferme du Bec Hellouin.



Chez nos confrères québécois, celui des Fermes Miracles.


Pour en apprendre plus sur ce modèle, bien des livres existent, mais je vous conseille : La permaculture dans un petit jardin : Créer un jardin auto-suffisant

Ça fait rêver, non ?

Pour clôturer cet article, je me permets de partager cet article de Rue 89 qui résume assez bien ma pensée sur les manifestations d'éleveurs de ces derniers temps. Cliquez ici pour le lire.


J'attends vos réactions/commentaires/manifestations de haine. :)

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7 commentaires

  1. Très sympa cet article !
    Deltreylicious

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  2. Un très bel article et aussi un bel hommage pour toutes ces professions agricoles.

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  3. Rare de voir des articles aussi instructif et intéressant comme le tien ! Comme tu le dis, on dépend un peu d'eux aussi, c'est grâce à eux que l'on peut ENCORE manger (en général) des choses sains et de la terre, animal ou non. C'est un métier super éprouvant, et très humain également. Je suis de la campagne, je sais ce que c'est de marcher dans la boue, de couper des sapins, j' ai eu quelques connaissances qui étaient dans des fermes, les oies qui se promènent sur la route, les vaches à aller nourrir, les veaux à aider à naitre, le foin à travailler, utiliser les machines agricoles, avoir peu de temps pour penser aux loisirs, .. C'est beaucoup de temps tout ça pour qu'on puisse manger et qu'ils puissent avoir un peu d'argent aussi ! Avec la société de nos jours ils ne gagnent même pas assez !
    J'espère un jour moi aussi avoir mon petit potager, pas d'animaux à tuer hein, mais mes légumes et fruits maison ! On y reviendra tous !

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    1. Merci de ton commentaire vraiment sympathique Lauréa :)
      Je pense que le retour à la terre est une étape souhaitable et inévitable, et que l'avenir sera dans des bases autonomes durables, des petits hameaux où les gens vivront presque en autonomie !

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  4. Un bel article sur un sujet assez peu traité sur la blogosphère. Mes deux chevaux sont en pension au pré chez un agriculteur, et je discute régulièrement avec lui des conditions de travail, des contraintes liées à la météo, etc. ... Il me disait récemment que sa profession est l'une de celle qui compte le plus grand nombre de suicides, c'est dire à quel point ce métier peut être dur physiquement, psychologiquement mais aussi financièrement.
    Je vis en Alsace, une région agricole à la base qui doit sa richesse à la fertilité de ses sols. Quel paradoxe de voir que cette richesse en a fait une région plutôt dynamique économiquement, qui sacrifie aujourd'hui des terrains agricoles au rendement précieux pour construire des lotissements... C'est très dur pour les agriculteurs de se voir expropriés de certaines de leurs terres.
    J'espère cependant que le développement de nouveaux modes de consommation (acheter bio et local) permettra à certains petits producteurs de tirer leur épingle du jeu. Chez nous quelques initiatives intéressantes de magasin de vente directe par les producteurs se développent tout doucement. Nos habitudes d'achat peuvent aussi jouer un rôle dans le futur de la production agricole en France !

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